Le GERFA interroge les partis politiques

par Michel Legrand 

(diagnostic, n°300, septembre 2012)





À la veille des élections, le GERFA a décidé de poser une série de questions aux partis politiques francophones présentant des candidats à la fois aux élections communales et provinciales (1). En effet, il nous semble intéressant de sonder les programmes et les options de ceux qui participeront directement au pouvoir ou qui seront dans l’opposition. Le GERFA renoue ainsi avec une pratique déjà utilisée en 1988, 1991 et 1995.

Notre questionnaire est basé sur cinq axes :
– le premier, qui est aussi le plus important, porte sur les préoccupations centrales du GERFA relatives à la fonction publique, en particulier l’emploi statutaire, le recrutement objectif, la formation, les pensions et le statut syndical ;
– le second porte sur les droits et le respect des Francophones en général et traduit une autre préoccupation du GERFA, celle de défendre le peuple francophone qui réunit maintenant 4,7 millions d’habitants ;
– le troisième porte sur des questions de déontologie en rapport avec les services publics ou les institutions et nous permet de réaffirmer à la fois le principe de neutralité absolue des services publics et la condamnation de certaines mauvaises habitudes dans les communes et les provinces ;
– le quatrième axe porte sur deux réformes nécessaires et l’avenir des provinces ;
– enfin, un cinquième axe porte sur la fiscalité communale.

Il est bien évident que le questionnaire traduit nos préoccupations en tant que groupe de défense du service public et de ses agents et en tant que groupe de défense du peuple francophone.

Par ailleurs, nous avons établi une cotation ; nous avons donc attribué à chaque question un certain nombre de points et les réponses des partis ont été évaluées ; il est bien évident que tant les cotations que leur pondération traduisent également nos priorités.

Ainsi, l’axe fonction publique recueille 50 points sur 100, tandis que l’axe linguistique en recueille 15, la déontologie 20 et les autres réunis une quinzaine.

Avant de dégager certaines tendances, une mise en garde s’impose.

L’évaluation est fondée sur les réponses et nullement sur les pratiques révélées et dénoncées. Même si nous considérons que la plupart des réponses sont correctes et honnêtes en fonction des pratiques du pouvoir, force est de constater que nous aurions pu nuancer les réponses en fonction des dérives de certains.

C’eût été cependant peu objectif et surtout peu relevant dans la mesure où la participation au pouvoir communal et provincial est très diverse et ne permet pas de cerner correctement les comportements ; nous ne sommes pas dupes, mais nous devons évaluer sur la base des réponses données ; encore une fois, rappelons que nous n’avons pas repéré des contrevérités qui auraient requis une mise au point. Tout au plus, avons-nous constaté certains accommodements avec la vérité, mais cela a été sanctionné dans la cote attribuée (2).

Pour chaque réponse, nous avons donc attribué une cote ;  si la réponse recueille 0 ou le maximum, aucune motivation n’est prévue puisque cela signifie clairement que la réponse est tout à fait contraire aux positions du GERFA ou est totalement en phase avec elles. Par contre, les autres cotations ont chaque fois fait l’objet d’une courte motivation.

Enfin, sur la base des cotes attribuées, un classement entre les six partis a été établi et celui-ci révèle bien des surprises.

Au-delà de ces explications méthodologiques, il est également intéressant de tirer certaines conclusions des réponses données et des clivages qu’elles révèlent.

Ainsi, pour l’axe fonction publique qui recueille 50 points, ce sont les deux partis dominants (PS et MR) qui recueillent les plus mauvais scores ; cela traduit à la fois leur conservatisme et le clientélisme ambiant dont ils ne veulent pas sortir. Dans cet axe, relevons quand même la percée au niveau des élections sociales où le MR comme les FDF  font cause commune avec… le PTB, en opposition frontale avec le PS qui souhaite maintenir un statut syndical non démocratique et éviter les élections sociales.

Sur l’axe linguistique, et c’était à prévoir, le divorce apparait entre les FDF et les autres, à la notable exception du PS en ce qui concerne l’emploi des langues dans les communes bruxelloises, où il est sur la même longueur d’onde que les FDF.

Sur le problème de la neutralité, le divorce apparait cette fois entre le MR qui affiche une position claire et le PTB qui ne défend guère le principe de la laïcité. Quant aux autres, ils défendent des positions alambiquées ou frileuses.

Sur le thème de la déontologie, c’est en revanche la Bérézina pour les deux partis dominants qui souhaitent sauvegarder leurs privilèges, alors que les quatre autres ont des positions réformatrices beaucoup plus ouvertes. À propos des questions portant sur les réformes nécessaires, de nouveau le PS ne veut rien changer, alors que les quatre autres sont largement favorables à la création tant de tribunaux administratifs du 1er degré que d’une chambre des comptes régionale.

Enfin, il est piquant de constater que la question de l’autonomie fiscale des communes traduit un autre divorce, puisque tous les partis la défendent à l’exception notable du PTB qui pose le bon constat.

Reste la question plus ouverte des provinces où CDH , ÉCOLO et FDF font preuve de pertinence, voire de créativité (ÉCOLO), à l’inverse du MR, du PS et du PTB.

Bref, les fractures ne sont pas celles auxquelles on pouvait s’attendre en fonction des idéologies supposées…

Les questions posées par le GERFA n’apparaissent guère dans la campagne ou dans les tracts, qui souvent se limitent à des slogans sans grand intérêt et en tout cas ne parlent pas ou peu des moyens et de la qualité de la gestion publique. Le mérite du GERFA est de rappeler ces enjeux importants, de poser des questions utiles, de forcer les partis à se positionner et de permettre au citoyen-électeur non seulement de faire son choix en connaissance de cause, mais aussi d’interpeller les responsables politiques, de les mettre en face de leurs contradictions et de rendre les choix et la campagne intelligents.

Le but du GERFA, à travers cette enquête, est que ses thèmes de prédilection ne soient pas occultés et qu’ils fassent partie du débat, alors que les politiques préfèrent éviter tout ce qui fâche ou se cantonner dans un conservatisme confortable. Le GERFA est donc là aussi pour remuer les idées, pour condamner l’anesthésie et promouvoir des principes et des réformes permettant de rendre les services publics, et les institutions publiques en général, à la fois plus efficaces et plus sensibles aux enjeux de la société. Le GERFA veut donc influer directement sur le débat et quand il distribue ses bons et mauvais points, c’est évidemment pour faire changer les choses.

Il vous reste maintenant à prendre connaissance des résultats de notre grande enquête (voir pp. 4 à 11 et 14 à 16) et à faire votre choix le 14 octobre en connaissance de cause.

Michel LEGRAND
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(1) Le questionnaire a été envoyé au CDH, à ÉCOLO, au FDF, au MR, au PS et au PTB ; il devait être renvoyé au GERFA pour le 18 aout. Seul le PTB a respecté le délai ! ÉCOLO l’a renvoyé le 20, le PS le 23, le MR et le CDH le 24 et le FDF… le 28 !

(2) Les cotes ont été attribuées par le Bureau du  GERFA lors de sa séance du 28 aout ; toutes les cotes ont été approuvées par consensus et aucun vote n’a été nécessaire.


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