éDITORIAL


rupture du contrAt social !




S’il est bien un dossier emblématique de ce gouvernement, c’est le dossier des pensions qui ne cesse de se développer et de rebondir depuis maintenant quatre ans.


Dans ce pays, des dizaines de milliers de personnes vivent avec une pension moyenne de 1.200 euros (1), alors que la moyenne dans les pays voisins est nettement supérieure et avoisine les 1.500 euros. C’est dire que l’acharnement du gouvernement à réduire les pensions semble assez inique.


D’autant plus injuste qu’aucun parti, lors de la campagne électorale, n’en n’a fait un de ses axes principaux et pour cause ; en effet, ce parti n’aurait g²uère recueilli l’adhésion des électeurs pensionnés et futurs pensionnés, car tous les citoyens seront un jour pensionnés et devront faire face à la vieillesse avec son cortège de difficultés et de couts supplémentaires. Las, le gouvernement ne cesse de remettre l’ouvrage sur le métier : un jour, c’est l’augmentation de l’âge de la retraite, un autre jour, c’est la définition des métiers pénibles, un autre jour encore, c’est la promotion de la pension à points. Toutes ces mesures aboutissent invariablement à une réduction de droits au préjudice souvent des plus modestes.


La pension est un élément du contrat social qui lie les membres d’une communauté et ne peut être remis en question brutalement, sans concertation, par des partis qui paraissent ne défendre que les droits des nantis, ceux pour lesquels la pension légale n’est qu’un accessoire. La meilleure méthode pour préserver les droits des pensionnés et futurs pensionnés est le système de répartition qui permet la pérennisation du système et sa sauvegarde. La répartition est en effet fondée sur le circuit économique de base permettant aux actifs d’aujourd’hui de soutenir les pensionnés comme les bien portants soutiennent les malades, comme ceux qui ont un emploi soutiennent ceux qui en sont privés ou comme ceux qui n’ont pas d’enfant soutiennent ceux qui en ont. Ce système de répartition, branché sur l’économie actuelle et réelle, est bien plus fiable que les machins vantés par certains, comme le deuxième pilier voire le troisième pilier qui risquent de s’effondrer au premier choc économique (2).


D’aucuns nous diront que ce système produit un certain nombre d’abus ; oui, et quand ils sont avérés, il faut les éradiquer précisément pour assurer la stabilité et la crédibilité de l’ensemble.


On peut d’ailleurs se demander pourquoi un pays riche comme le nôtre et aussi riche que nos trois voisins ne soit pas capable d’assurer le même niveau de pensions à ses citoyens.




Poser la question, c’est de nouveau s’interroger sur la gestion des flux et sur les dépenses entrainées par un appareil politico-institutionnel manifestement démesuré et peu efficace qui prélève sa dime parasitaire sur l’ensemble des recettes. Avec un prélèvement fiscal et parafiscal parmi les plus importants du monde (3e position dans l’OCDE), notre pays devrait assumer sans difficulté la charge correcte de ses ainés.


Le débat sur la pension à points est également révélateur. Promu par le ministre BACQUELAINE qui ne cesse d’en vanter les qualités, il reste opaque et ne permet pas en l’état d’en connaitre le fonctionnement effectif. En fait, il pose pour principe sous-jacent que seules les années de travail effectif donneront un droit complet à la pension, ce qui implique de nouveau que les périodes de maladie et de chômage seront minorées. Encore une fois, ce seront les pensions modestes de ceux qui ont été frappés par les accidents de la vie qui en feront les frais. Quelle sera vraiment la plus-value si la pension moyenne est encore réduite et si les pensionnés de demain ne perçoivent plus que 900 euros, alors qu’un loyer à Bruxelles avoisine les 500 euros (3) ?


L’autre débat sur les métiers pénibles est tout aussi aberrant, puisque l’enjeu porte essentiellement sur l’âge de la retraite anticipée et là aussi sur les points accumulés et bonifiés en cas de pénibilité : une année en métier pénible permettrait de multiplier par un coefficient (1,2 par exemple) les points requis pour les conditions de durée de la carrière autorisant la prise de la pension anticipée avant 67 ans. Cette discussion sans fin aboutit en fait à faire des catégories et à estimer qu’un travailleur ne vaut pas l’autre et que certains ont des métiers lourds et d’autres pas. Si tout le monde est d’accord pour constater que certaines fonctions dans le bâtiment ou dans la collecte des déchets sont des métiers physiquement lourds qu’on ne peut assumer tout au long de sa carrière, par contre, pour nombre de métiers, les critères de pénibilité sont tous discutables et permettent en fait de créer une inégalité entre travailleurs en ce qui concerne leurs droits sociaux à la pension.


Enfin, les pensions des agents des services publics sont particulièrement ciblées, à tel point qu’un attaché universitaire juriste qui commence sa carrière en 2018 percevra d’ores et déjà une pension de 17% inférieure à l’attaché qui a pris sa pension en 2013 par l’effet de la suppression de compléments d’âge décidée sous le gouvernement DI RUPO (9%) et de la prise en compte des années d’études (5/60 ou 8,33%), sans compter les effets négatifs probables de la pension à points.


Le but du ministre n’est-il pas d’unifier le système des pensions et donc de tirer les pensions des agents des services publics vers le bas et d’augmenter celles des salariés, mais surtout celles des indépendants ?

Soyons de bon compte : les pensions des agents des services publics sont meilleures et correspondent à la moyenne de celles octroyées chez nos voisins. Cela étant, les fonctionnaires ne bénéficient pas d’avantages complémentaires comme les assurances-groupes qui coutent très cher en dépenses fiscales et qui permettent à nombre d’employés de bénéficier de pensions très confortables.


Par ailleurs, la pension reste un salaire différé qui compense pour certaines fonctions les différences de salaires et qui permet surtout de garantir aux agents des services publics et à leurs ayant droits un niveau de revenu correct leur permettant de vivre dignement (4).


Le gouvernement MICHEL semble avoir perdu de vue ces aspects qui font partie du contrat social et de la confiance accordée par les citoyens aux gouvernants.


Michel LEGRAND

-----------------------------



(1) La pension moyenne d’un salarié est de 1.181 euros pour un homme, 882 euros pour une femme (Centre d’expertise des pensions 2014).



(2) Le premier pilier est basé sur l’économie actuelle et sur les richesses produites : sauf effondrement général de l’économie provoqué par une guerre ou une catastrophe, il n’est pas susceptible de disparaitre et constitue donc la garantie la moins aléatoire pour le financement du contrat social. Il implique bien entendu une économie saine et le prélèvement de cotisations diverses sur les acteurs économiques. Le deuxième comme le troisième pilier sont basés sur des systèmes d’accumulation directe de titres ou de polices d’assurances (dont les sous-jacents sont des actifs financiers) et sont par nature fragiles et soumis aux aléas de la conjoncture et des marchés, en particulier s’ils sont mal ou peu diversifiés.



(3) Pour un simple studio de 25 m2



(4) La pension moyenne brute à l’Etat fédéral est de 2.596 euros, de 2.618 à la Région wallonne, de 2.547 à la Communauté française et de 3.044 à la Région bruxelloise. Compte tenu des retenues sociales et du précompte, ces trois premiers montants réellement perçus avoisinent les 1.800 euros. 




*