éDITORIAL


Les indispensables services publics



Cest tendance : les services publics constituent une sorte d’exutoire pour expliquer ce qui va mal. Ils coutent cher, ils sont politisés, ils sont peu efficaces, leur personnel est privilégié, leurs pensions sont très confortables, etc. Ce serait mieux de tout confier au secteur privé qui lui est efficace et ne coute pas cher ! Dans tous ces propos, il y a toujours un fond de bon sens ou de vérité et ce n’est pas au GERFA qu’on va affirmer par exemple que les services publics ne sont pas politisés.  Raison pour laquelle le GERFA dénonce inlassablement cette politisation, qui constitue un poison pour tous ceux qui sont attachés à l’action efficace et impartiale  des services à la population.


Cela étant, ces propos du café du commerce ne résistent pas longtemps quand les citoyens sont confrontés aux réalités brutales de la vie.


Le citoyen est victime d’un grave accident de la route : les premiers témoins appellent les secours, matérialisés d’abord par l’ambulance et ses infirmiers et brancardiers et ensuite par la police qui vient baliser l’endroit et régler la circulation. Personne n’imagine supprimer ces services lorsqu’il est dans cette situation ; au contraire, il attend et demande des interventions toujours plus rapides et plus compétentes. Si son état est grave, c’est un hélicoptère médicalisé qui le transportera vers l’hôpital, le plus proche ou le mieux équipé, indépendamment du fait de savoir s’il est assuré ou solvable. Une de mes connaissance a rencontré un problème médical sérieux en Angleterre et m’a fait part de tout le mal qu’il pensait de la médecine publique anglaise complètement déstructurée par les coupes budgétaires, mais aussi de son alternative, la médecine privée, dont le cout est prohibitif et qui est réservée aux riches.


Dans le délicat dossier du terrorisme, les citoyens demandent toujours plus de policiers, plus d’interventions, plus de protection ; ils s’énervent quand les services de police ou de renseignement n’ont pas pisté tel individu réputé dangereux ou ne sont pas intervenus à temps. C’est encore eux qui ont demandé que les militaires et les policiers descendent dans la ville pour y affirmer leur présence, même si celle-ci était peu utile mais permettait de rassurer.


C’est encore les citoyens qui demandent une école efficace permettant de prodiguer la meilleure formation à leurs enfants ; cette école que beaucoup nous envient est pratiquement gratuite et assumée par la collectivité.  Certes, l’école supérieure et l’université perçoivent des minervals non négligeables,  mais sans commune mesure avec les couts pratiqués dans d’autre pays comme l’Angleterre ou les États-Unis.






On pourrait continuer l’énumération des services offerts aux citoyens comme l’énumération des demandes de la population pour plus de services, plus d’enseignants, plus de policiers, en résumé plus de confort de vie, de sécurité, d’éducation, de services.


Cette palette de services permet à tout un chacun de vivre dignement et réduit ainsi les différences insupportables entre nantis et moins nantis. C’est la noblesse du service public de prendre ce pari et de le gagner. Le service public est donc un remarquable réducteur d’inégalités !


Certes, les citoyens ne regardent pas avec la même sympathie les agents du fisc ou encore les policiers quand ils dressent des procès-verbaux ; il faut à ce moment expliquer que la fonction de l’État n’est pas seulement de fournir des services utiles, mais aussi d’organiser la société et de percevoir des ressources pour pouvoir assumer ses différentes fonctions,


Enfin, les citoyens demandent également que l’appareil judiciaire fonctionne correctement et rapidement, ce qui implique que les services de la justice soient pourvus correctement, qu’ils soient dotés des moyens matériels requis. Bref, sans en formaliser la notion, les citoyens sont attachés à l’état de droit, élément fondamental et indispensable de toute vie démocratique et de toute sécurité juridique.


Or, malgré tout cela, les services publics sont très critiqués et contestés, …mais pas les policiers, pas les enseignants, pas les services de soins, par les services d’assistance, etc.


Bref,  la société est quelque peu schizophrénique.


D’un côté, elle est en demande constante de plus de services et d’agents et, d’un autre, elle critique vertement les services publics, leurs agents et leurs prétendus privilèges.


Parlons-en de ces fameux privilèges.


En ligne de mire du gouvernement : les pensions ! Depuis l’avènement du gouvernement MICHEL, les attaques ont été particulièrement violentes puisque plusieurs règles de base ont été mises à mal, comme le calcul de la pension sur la moyenne des cinq dernières années, désormais basé sur les dix dernières années, ou encore la suppression des années de diplôme qui comptaient pour son calcul, sans compter l’augmentation de l’âge de la retraite. Si on cumule toutes ces mesures en y ajoutant celle de la suppression des compléments d’âge et des bonus décidée par le gouvernement précédent, la note est particulièrement salée. Entre un attaché qui a pris sa pension il y a cinq ans et un attaché qui prendra sa pension dans une dizaine d’années, la différence se montera à près de 25%. Et ce n’est peut-être pas fini. Bref, la pension calculée pour maintenir le niveau de vie de ses agents est en voie de disparition. Or, il ne faut pas oublier que, dans le secteur privé, différents systèmes d’assurances-groupes permettent de garantir un niveau de pension aussi favorable que celui qui était en vigueur pour les fonctionnaires.

 

En ligne de mire également : les nominations. Les agents de l’Etat bénéficiaient de la stabilité d’emploi qui garantissait leur indépendance et qui constituait quand même une avancé sociale. Terminée cette stabilité pour les agents fédéraux qui seront désormais recrutés par contrat (1) ! Ils dépendront donc totalement du pouvoir qui pourra les licencier ou les recruter selon des procédures largement simplifiées et ne garantissant pas l’objectivité.


On le voit, l’avenir des services publics ne parait pas positif malgré les demandes et besoins des citoyens.


Cette dichotomie assumée ne manque pas d’étonner. Comment les citoyens peuvent-ils accepter la mise en coupe réglée des services, alors que, par ailleurs, ils demandent plus de services et de meilleurs services ? Les raisons sont multiples.


Le mouvement syndical très lié aux partis traditionnels, en se focalisant essentiellement sur les avantages acquis, n’est pas exempt de reproches ; sa stratégie a été très contestable et n’a pas suffisamment mis en avant les missions des services publics en les occultant sous des luttes pour des avantages par définition toujours mal vus par la majorité qui n’en dispose pas, mais qui parfois bénéficie d’autres avantages tout aussi intéressants mais moins connus.


Les partis politiques, du moins qui ceux sont censés défendre les services publics, en ont souvent prôné une occupation clientéliste, par nature destructrice de l’idée même du service public. A partir du moment où celui-ci est sous la férule d’un parti, il perd ses lettres de noblesse et n’est plus défendu par les citoyens. C’est bien pour cette raison stratégique que les services publics doivent être gérés avec rigueur, avec objectivité, avec impartialité.


Enfin, les théories du « management » ont fait des services publics des entreprises identiques aux autres alors qu’ils sont foncièrement différents par leurs missions, la poursuite de l’intérêt général, leurs exigences - l’impartialité, l’objectivité et la neutralité-, et par leur absence de tout but de lucre (2).


Ces lettres de noblesse font la fierté du service public et de tous ceux qui y sont employés et qui remplissent des missions essentielles pour leurs concitoyens. En perdant ces lettres de noblesse, en les galvaudant par la politisation, soit la mainmise d’appareils de partis, par les théories du « management », les services n’ont pas été capables de bénéficier des demandes multiples des citoyens pour un meilleur service et du courant qui devait les porter (3).


En fait, il a perdu temporairement (?) la bataille de la communication contre ses puissants adversaires néolibéraux et n’a pas été capable de se différencier et de rappeler ce qu’il est réellement. C’est donc sur ce point qu’il faut constamment revenir en expliquant inlassablement les buts et principes des services publics en relation avec les attentes des citoyens.


Michel LEGRAND


  1. On peut espérer que les entités fédérées ne tomberont pas dans le même travers.

  2. Il est symptomatique de relever que les agents ne suivent plus de cours de déontologie.

  3. Remarquons l’hommage unanime rendu à un militaire français, le colonel Arnaud BELTRAME, qui s’est sacrifié pour sauver un citoyen.