ENSEIGNEMENT : UN PEU

DE SéRIEUX ET DE RIGUEUR



Les tests PISA descendent en flammes l’enseignement de la Communauté française dans toutes les matières de base, alors que nos différents voisins français, allemand, hollandais et flamand font beaucoup mieux. Même s’il faut prendre ces tests avec une certaine réserve, d’autant qu’ils sont plutôt structurés pour des pays à faible densité et à faible immigration, il n’empêche qu’ils constituent à tout le moins des indicateurs assez sévères, surtout quand on les compare aux résultats de l’enseignement flamand, qui doit faire face à des défis équivalents, comme une immigration forte et une démographie similaire dans un cadre très urbain, avec la présence de pôles citadins importants et structurant le territoire.


Le problème, c’est que les tests se répètent et qu’on n’entrevoit aucune amélioration; chaque fois, l’ensemble des médias et des ministres poussent des cris d’orfraie pour aussitôt enterrer le débat et le reprendre l’année suivante avec les mêmes ritournelles.


Il ne faut pas être grand clerc pour constater que les niveaux de français, de mathématiques et de connaissances générales sont en chute libre parmi les jeunes de 18 à 25 ans, à savoir ceux dont on peut examiner les connaissances, soit à travers leurs entretiens d’embauche ou leurs examens. La maitrise de la langue maternelle pose de multiples problèmes, au niveau de l’orthographe d’usage, des accords grammaticaux et de la ponctuation certes, mais aussi, et c’est bien plus grave, au niveau de la syntaxe et de la construction des phrases. Beaucoup de jeunes se révèlent incapables de rédiger un texte sans faute et clair permettant de transmettre une information compréhensible et précise. Il ne sert à rien de se lamenter ou d’accuser les ordiphones (smartphones), les textos (SMS) ou les médias sociaux dont la responsabilité dans l’affaire semble assez marginale ; par contre, c’est l’efficacité de l’enseignement qui doit être pointée du doigt.


Nous visons bien ici l’enseignement et non la communauté éducative, qui continue vaille que vaille, contre vents et marées, à essayer d’assumer ses missions du mieux qu’elle peut.


Par contre, elle n’est guère aidée par une Communauté française qui parait aveugle et qui multiplie les réformes décidées en petits « comités Théodule », soi-disant pédagogiques.


Le pacte d’excellence, mal nommé, s’inscrit dans cette dérive de réformite inefficace, répétitive et chronophage.


Il faut cesser de faire réforme sur réforme, d’inonder les écoles de circulaires parfois incompréhensibles, bref de rendre leur gestion de plus en plus complexe.



Le ministère de la Communauté française doit être réformé sans tarder, être recentré sur ses missions principales et cesser d’être un obstacle à la gestion des écoles. Au contraire, il doit devenir une ressource à laquelle les directions d’école peuvent avoir recours.


Dans les programmes, il faut rétablir d’urgence les socles de compétence basés sur la maitrise du français et des mathématiques ; ces deux matières sont incontournables pour l’accès à d’autres disciplines, pour la compréhension générale et plus généralement pour l’intégration dans le monde du travail. Il est inadmissible qu’un jeune ayant son certificat d’études secondaires supérieures (CESS) ne soit pas capable de rédiger correctement et sans faute, comme il est admissible qu’il ne puisse, en mathématiques, faire les opérations de base. C’est pourtant la triste réalité pour un très grand nombre de jeunes.


Le pacte d’excellence ne prend pas suffisamment en considération cette exigence et s’égare dans des considérations peu concrètes et loin des exigences.de base (1).


Par ailleurs, alors qu’il parait fondamental que l’enseigne­ment doive permettre au jeune de se situer dans le temps et dans l’espace, le pacte d’excellence propose la suppression des cours d’histoire et de géographie pour les fondre dans un cours fourre-tout intitulé « sciences humaines ». C’est vraiment incompréhensible et le mot est d’ailleurs trop faible pour qualifier cette option (2).


Ces deux cours sont en effet indispensables pour situer les jeunes dans leur environnement. En ce qui concerne la géographie, qui oserait affirmer que de bonnes notions de climatologie ne sont pas indispensables dans une période de réchauffement climatique ? Qui oserait affirmer qu’il n’est pas nécessaire de connaitre la géographie politique de l’Europe et de disposer de connaissances élémentaires sur celle du monde ? Comment comprendre l’Europe quand on n’en connait même pas la composition ? Qui oserait affirmer qu’il ne faut pas connaitre des rudiments de géographie économique, alors que la société n’a jamais autant été concernée par les flux d’importation et d’exportation, par les matières premières et par les sources d’énergie ? Qui oserait affirmer qu’un jeune ne doit pas connaitre les pays où il vit, ses frontières, ses bassins hydrographiques, son relief, etc. ? Ces connaissances sont nécessaires, certes pour comprendre les débats, mais aussi pour permettre également de structurer une identité dont les jeunes allochtones et autres ont besoin.


En ce qui concerne l’histoire, les impératifs sont tout aussi importants. En vivant en Belgique, est-il possible d’ignorer comment ce pays s’est construit, comment les luttes sociales se sont déroulées, comment le service public a vu le jour, comment les grandes communautés linguistiques se sont créées, comment la Belgique a hérité d’une région de langue allemande ? Mais l’histoire ne s’arrête pas aux frontières d’un pays et déborde forcément sur nos voisins. Comment expliquer la deuxième guerre mondiale et les atrocités qui ont été commises par un régime criminel ? Comment expliquer l’origine des droits de l’homme qui ont permis d’imposer à nos états des standards démocratiques respectueux de la personne humaine, condamnant toute forme de racisme et promouvant la liberté d’expression ?


On pourrait multiplier les exemples de connaissances indispensables pour permettre à chacun, mais aux jeunes en particulier, de se structurer dans leur temps et dans leur lieu.


Il est bien évident que l’ensemble de ces connaissances doivent être prodiguées de façon dynamique et soumises à l’échange et au débat afin de faire raisonner et de construire les éléments de réflexion et de critique. Cela étant, avant de discuter ou de critiquer, il faut disposer des bases et des connaissances minimales. 


Un cours fourre-tout de sciences humaines qui alliera des notions de géographie et d’histoire et des notions d’économie politique et de sociologie ratera cet objectif précis et risquera de devenir un énième cours d’étude du milieu, sorte de cours de touche-à-tout sans but ni cohérence. Par ailleurs, il faut d’abord privilégier l’étude des faits –géographiques et historiques- avant de s’avancer dans l’étude ou la diffusion de théories économiques ou sociologiques mal définies ou très engagées politiquement.


La conclusion s’impose d’elle-même : devant la situation catastrophique de l’enseignement en Communauté française, il faut donner un coup de barre qui ne consiste surement pas à promouvoir une nouvelle réforme pédagogique en chambre, mais qui a pour priorité de rétablir la maitrise des socles de compétences que sont le français et les mathématiques, mais aussi les disciplines qui permettent à l’étudiant de se situer dans l’histoire et la géographie du pays et du monde. Cela parait le minimum !


Certains s’étonneront que le GERFA prenne position dans ce domaine : cela n’a rien d’extraordinaire, car cela concerne non seulement le fonctionnement du service public de l’enseignement, mais aussi le fonctionnement de tous les autres services publics qui sont et doivent être particulièrement attentifs à la maitrise de la langue, et le GERFA, en tant qu’observateur attentif, ne peut que constater les ravages produits par les réformes successives. Il faut donc rendre au service public de l’enseignement son efficacité et permettre aux autres services publics de recruter des candidats qui ont acquis et maitrisent les socles de compétences.

Michel LEGRAND

----------------------------------

(1) Il faut noter que la ministre de l’Enseignement Marie-Martine SCHYNS (CDH) ne parait pas savoir où elle va ; lors de l’émission L’invité sur RTL-TVI du 4 février, elle bottait constamment en touche aux questions de Pascal VREBOS et renvoyait à la commission du pacte

(2) Il est regrettable que les professeurs invités sur les plateaux de télévision ne soient pas capables de démontrer l’utilité de leurs cours et ne s’expriment que sur le maintien de leur emploi.














*