éDITORIAL

 

LA CHUTE ANNONCée des partis

rentiers et prédateurs

 


L

e dernier sondage de mars ’17 de Dedicated Research demandé par la RTBF et La Libre Belgique est sans appel et consacre la chute vertigineuse du PS aux alentours de 20%  en Wallonie et de 18% à Bruxelles, tandis que son très fidèle porteur d’eau, le CDH,  est réduit à la portion congrue d’un petit 10% en Wallonie et de 6% à Bruxelles. Ce sondage a fait l’effet d’un véritable coup de tonnerre dans les appareils de ces partis qui ne peuvent y croire, à tel point que la très socialiste RTBF a demandé des explications complémentaires à l’institut de sondage, initiative à laquelle La Libre Belgique n’a pas voulu s’associer.

 

Certes, un sondage n’est que la photographie de l’état de l’opinion à un moment donné et ne préjuge pas des résultats des élections communales d’octobre ’18 ou régionales, fédérales et européennes de juin ’19. Il n’empêche qu’il donne à tout le moins une orientation sérieuse sur l’état de l’opinion. 

 

Si l’affaire Publifin et la découverte du système malsain qui y a été instauré (ici, avec la complicité du MR) est le déclencheur de la chute du PS et du CDH, il ne faudrait pas sous-estimer d’autres facteurs, comme la mainmise des deux appareils sur les services publics francophones.

 

Le contrôle quasi complet du service public de Wallonie et du ministère de la Communauté française par le duo PS-CDH, celui des administrations des provinces de Liège et du Hainaut par  le seul PS, celui des administrations des grandes villes également par le PS et leur lotissement systématique n’en sont que les éléments les plus évidents et les plus démontrés. Il ne faut pas croire que le contrôle ne se limite qu’à l’occupation des places ; il va bien au-delà et formate toutes les actions. Regardons la passivité du SPW vis-à-vis des montages scandaleux dans l’affaire Publifin ou encore la déclaration d’un témoin liégeois qui précise que, pour obtenir un emploi à la province, il faut venir en parler au député provincial, au café untel… et que cela s’est toujours fait ainsi… Le ver a donc mangé le fruit ! 

 

Autre exemple, le ministère de la Communauté française et ses directions de l’enseignement, totalement inféodées au PS à une exception près, et qui imposent à l’enseignement, à ses professeurs et à ses pouvoirs organisateurs moult décisions et interprétations subjectives ou sur mesure. Ministère de la Communauté où parfois on se demande si ce n’est pas le syndicat socialiste, satellite du PS, qui est aux commandes et qui instrumentalise le service public à son unique profit.

 

Ce système de lotissement est devenu insupportable, nie  l’intérêt général et pollue l’action du service public. Il est en ce sens extrêmement à la fois dangereux et pervers, car il pourrait encourager la suppression de certains services, alors qu’au contraire il faut les renforcer mais aussi en réformer le fonctionnement et en extirper la politisation.

 

Tout ce système de lotissement est encadré par un nombre de ministres record et par un bon millier de membres de cabinet qui veillent au grain, donc principalement à leurs intérêts d’abord et à l’intérêt de leur parti ensuite.



Dans le cadre des résultats de la grande enquête du GERFA auprès des sept partis francophones (voir notre dossier dans cette livraison), il est d’ailleurs symptomatique de constater que ce sont ces deux partis –PS et CDH- qui sont le plus opposés à la réduction du nombre de ministres et au dégraissement des cabinets. Et pour cause, puisque cette noria de ministres et de cabinets constitue la véritable courroie de transmission du clientélisme et des passe-droits de toutes sortes.

 

Depuis sa création, le GERFA n’a de cesse de critiquer la politique de lotissement belge. La réforme de l’état et le transfert de compétences importantes vers les entités francophones n’ont fait que renforcer l’emprise du PS et de son adjoint le CDH sans que pour autant la situation économique et sociale ne s’améliorent.  C’est donc également le bilan de ces deux partis à la tête de la Région et de la Communauté depuis près de quarante ans qu’il faut dresser. Car, à part leur réussite remarquable dans le clientélisme, le lotissement et la mauvaise gestion (1), leur bilan est maigre.

 

Comme l’écrit Claude DEMELENNE sur son blogue le 7 avril 2017, «  la permanence du PS au pouvoir a favorisé l’émer­gence en son sein d’une bourgeoisie sans limite éthique ni boussole idéologique (…). Sans gêne, ils dopent les inégalités (…) L’électeur socialiste se sent mal … et va voir ailleurs. »

 

Il faut donc également porter le fer dans les rémunérations et cumuls excessifs.

 

Ainsi, il faut que les rémunérations publiques pour les fonctions importantes soient uniques : le salaire très confortable versé à un ministre ou à un parlementaire doit être suffisant à la fois pour lui permettre de tenir son rang et d’éviter les tentations de corruption, mais aussi pour qu’il se consacre à temps plein au mandat pour lequel il est très bien rémunéré ;  il ne doit pas se disperser dans d’autres fonctions susceptibles  de provoquer des conflits d’intérêts ou de les soupçonner ; enfin, il ne doit pas être rémunéré pour les fonctions qu’il assume ès qualités.

 

En ce qui concerne les rémunérations dans les entreprises publiques, celles-ci doivent être revues et libérées de la tyrannie du marché qui impose des montants à la fois excessifs et irréalistes. Ce discours profite essentiellement aux apparatchiks qui parviennent à se placer au prix du marché alors qu’ils ne jouent  pas dans le marché et alors, surtout, que l’entreprise publique poursuit d’autres finalités que le rendement comptable ou l’augmentation des dividendes. Enfin, la hauteur des rémunérations dans les entreprises publiques ne nous a guère mis à l’abri d’énormes déconvenues ou d’erreurs d’investissement comme récemment encore à la SRIB (2).

 

Le pillage des intercommunales par des apparatchiks publics qui ont perdu tout sens de la mesure,  du bien public et plus simplement de l’honnêteté doit cesser. Ces apparatchiks ont privé les actionnaires, soit les communes et les provinces, de revenus importants bien nécessaires pour les investissements et ont contribué à gonfler les factures d’électricité et de gaz au préjudice de TOUS les consommateurs et  contribuables, riches comme modestes. C’est inqualifiable et c’est un véritable  scandale d’état dont les partis connaissaient l’existence puisqu’ils en recevaient des ristournes ! Par ailleurs, en vertu du principe de spécialité qui impose à une intercommunale de se conformer à son objet social, il y lieu d’interdire toute prise de participation étrangère à son objet et qui aboutit à faire supporter par les  communes et in fine par les contribuables des investissements douteux ou inutiles (3). 

 

Pendant  que tout se passe, que le cœur du PS saigne, que ses mandataires sont pris la main dans le sac,  pensez-vous que les opérations de lotissement cessent ?

 

Eh bien non !, car le PS, avec la complicité de l’OpenVLD, fait actuellement main basse sur l’administration bruxelloise avec la panoplie d’actions habituelles : création de nouveaux machins, multiplication des doublons,  nomination  d’apparat­chiks (4).  Les autres partis du gouvernement bruxellois, DéFI et le CDH, sont gênés mais laissent passer les maitres du moment et se taisent, en oubliant toutefois qu’ils sont complices et qu’on leur demandera des comptes.

 

Tout cela va couter très cher, rendre l’administration ingouvernable et jeter sur la Région bruxelloise une image détestable. Car, au-delà de toutes les manipulations dont se rend coupable ce parti et ses satellites, c’est l’image des services publics qui en prend un méchant coup. Le PS, plus que n’importe qui, devient le véritable fossoyeur de ce qu’il prétend défendre.

 

 Le cynisme du PS et son hypocrisie sont donc sans limite et ce n’est pas une commission d’enquête qui va  arrêter la marche de ses apparatckiks. Les réveils de ’18 et de ’19 risquent d’être sévères !

 

Le PS comme le CDH devraient réapprendre à servir avant de se servir. Quand on assume des responsabilités publiques, cela parait essentiel et ils semblent en avoir perdu l’exigence.

 

Michel LEGRAND

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(1) Rappelons l’affaire du comptable indélicat qui a détourné deux millions d’euros à l’Office wallon des Déchets sans que l’administration politisée ne s’en aperçoive ou celle du comptable de la Communauté française qui a détourné 500. 000 euros au nez et à la barge de DELCOR, le secrétaire général du Ministère de la Communauté française, ancien collaborateur de l’Institut Emile Vandervelde, la pépinière des apparatchiks socialistes.

 

(2) L’investissement dans HelloAgency a couté quatre millions d’euros alors qu’il était possible d’en sortir en 2015 en récupérant près de trois millions d’euros. Malgré cela, les quatre gestionnaires perçoivent des salaires tournant autour des 300.000 euros, soit près du tiers de la masse salariale.

 

(3) On ne voit guère l’intérêt pour une intercommunale de distribution d’électricité  ou de gaz de prendre une participation dans un journal français (Groupe La Provence et  groupe Nice-Matin) ou même dans un journal belge, en l’occurrence L’Avenir .

 

(4) Voir notre dossier publié dans le « d » n° 346,  MAR 17,  pp4-7 et l’enquête du Vif-L’Express publiée dans l’édition du 31 mars 2017.

 

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