Nous vous transmettons ci-joint l'horaire ainsi que le devis pour le concours externe pour la constitution d'une réserve de re

 

 

 

 

LA GRANDE MISERE

 

 


Le mois de mai a été particulièrement chaud sur le plan social. De grève en grève, la Wallonie s’est enflammée, la Flandre n’a guère bougé et la Région bruxelloise a embrayé partiellement. Par ailleurs, le secteur privé n’a guère bronché et ce sont essentiellement les services publics qui sont partis en grève. Même si le mouvement a paru à un moment général, force est de constater que les revendications sont restées pour l’essentiel sectorielles.

 

Ce qui frappe également dans ce mouvement, c’est l’absence de leader wallon capable de mobiliser sur un projet. Car si d’aucuns ont affirmé que ce malaise était lié à la minorisation francophone au gouvernement fédéral, rien n’a été fait pour rassembler le mouvement et le faire déboucher sur une vision politique.

 

Et c’est là la grande misère wallonne et francophone, une communauté de 4,7 millions d’habi­tants qui ne parait plus avoir de projet et dont l’avenir parait bordé par un Etat fédéral mal aimé et en déliquescence et une Flandre prospère et  sûre d’elle qui construit son projet de nation sur les ruines de l’Etat belge.

 

Il est donc loin le temps où la Wallonie, voire Bruxelles, revendiquaient un avenir institutionnel et fondaient leurs espoirs et leur politique sur le fédéralisme et les nouvelles institutions. Le projet

s’est essoufflé et les nouvelles institutions wallonnes, bruxelloises ou de la Communauté française ne font plus guère rêver et ne sont plus porteuses de projet mobilisateur. Embourbées dans la bureaucratie et la politisation, elles ont importé les défauts l’Etat « national », parfois en les renforçant. Seule compensation, dans les matières gérées par les Francophones, le Nord du pays n’a plus à rien à dire, mais la gestion et la qualité des services ne s’est pas améliorée pour autant.

 

Il est vrai également qu’il est difficile de mobiliser un peuple autour d’une telle complexité institutionnelle. Même l’idée intéressante de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui laissait espérer un avenir commun pour tous les Francophones, prend méchamment l’eau sous les coups de boutoir des régionalistes wallons qui verraient bien la Wallonie prendre en main son système éducatif et sa culture et lâcher Bruxelles. Cette thèse ne fait pas (encore ?) l’unanimité dans le monde francophone,  mais jette un certain trouble dans l’opinion et brouille les enjeux. 

 

Les Wallons et les Francophones sont donc orphelins et leurs responsables ne sont plus capables de leur imaginer un avenir.

 


Alors que le Nord du pays agite déjà son intention de mener une septième réforme de l’Etat après la désastreuse sixième pas encore digérée, les Francophones anesthésiés se replient sur eux-mêmes et attendant la nouvelle négociation dont ils sortiront de nouveau perdants, après avoir déclaré que ce serait la dernière.

 

L’histoire des vingt-cinq dernières années est en ce sens révélatrice des reculades francophones devant les exigences du Nord. Faut-il être particulièrement aveugle et sourd pour ne pas voir les objectifs politiques du Nord qui n’a nullement renoncé à  l’indépendance ! 

 

 Les Francophones sont, eux, anesthésiés à l’idée qu’ils pourraient être lâchés et surtout à l’idée que cela impliquerait une chute de 25%  de leurs moyens, chiffre peut-être tant soit peu exagéré. Quoi qu’il en soit, le peuple wallon et francophone préfère jouer la montre et retarder autant que faire se peut l’échéance inéluctable de son abandon, quand, comme DI RUPO, ils n’affichent pas un belgicanisme compassé.


 

Il est vrai cependant qu’il est assez difficile de mobiliser les citoyens pour la sixième ou septième réforme de l’Etat  auxquelles ils ne comprennent pas grand-chose et qui s’apparente à la plomberie institutionnelle dont le pays détient le brevet. 

 

Et au lieu de réfléchir à un avenir commun et de bâtir un projet, ils préfèrent se diviser ou encore réfléchir à la place de la monarchie  en cas de séparation. La Flandre affichant sa volonté républicaine, la Wallonie accueillerait la monarchie en confondant son nouvel attachement à l’Etat avec le Roi. Les grands chefs wallons doivent se réveiller dans leurs tombes…

 

Le mouvement social wallon était donc dans une impasse faute de relais politiques. Malgré quelques déclarations d’apparatchiks syndicaux proclamant la lutte « au  finiche » contre le gouvernement et la volonté de le faire tomber, comme si un gouvernement tombait devant des grèves sectorielles aux revendications souvent très limitées…

 

Si le manque de vision politique est flagrant du côté wallon et francophone, le manque de vision sur la gestion et le fonctionnement des services publics l’est tout autant.

 

Le dossier des prisons est à cet égard emblématique. Depuis des dizaines d’années, on en parle sans donner d’autres réponses que la construction de nouvelles prisons. Cette politique immobilière est une mauvaise réponse à un vrai problème. Les Pays-Bas l’ont abandonnée constatant qu’elle menait à une impasse et qu’elle coutait trop cher. Maintenant, le nombre de détenus dans ce pays tourne autour de 10.000, alors qu’il avait atteint les 22.000 au moment de sa phase hyperrépressive. Ce nombre de 10.000 devrait encore décroitre et atteindre les 8.000 détenus en 2018 pour une population de 17 millions d’habitants, soit un détenu pour 1.640 habitants, alors que la Belgique compte 11. 051 détenus au 11 mai 2016 (Le Soir, 17 mai) pour une population de 11 millions d’habitants, soit un détenu pour environ 1.000 habitants.

 

Bref, on le voit, la politique répressive ne passe pas nécessairement par les prisons qui constituent souvent une mauvaise réponse pour punir des faits délictueux, sans compter que les prisons coutent très cher et favorisent souvent le renforcement de la criminalité. Il y longtemps qu’on ne croit plus à la mission de rééducation des prisons…

 

Il est donc important là aussi de disposer d’une vision autre que la construction de nouvelles prisons. Cela implique une réflexion et le développement de nouvelles techniques comme les peines alternatives ou le bracelet électronique. Mais cette nouvelle vision implique également  le recrutement d’un autre type d’agents que les gardiens actuels. Enfin, il faut poser la question de l’abus de la détention préventive décidée par les juges d’instruction, souvent pour des raisons de facilité. Ces différentes mesures et d’autres permettraient de casser la spirale infernale dans laquelle le système belge est engagé (1). 

 

Il est regrettable qu’au sein des partis politiques, on ne soit plus capable de développer des visions sur l’avenir d’une communauté, mais également sur le fonctionnement des services publics.

 

C’est donc la grande misère politique qui règne. Comment dès lors intéresser les citoyens à leur avenir si le seul horizon des politiques, outre la norme budgétaire, est la septième réforme de l’Etat ?

 

 

Michel LEGRAND

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(1) A cet égard, le projet de construire une nouvelle  mégaprison à Haren est aberrant : outre son cout astronomique (un million d’euros par cellule), son caractère disproportionné, elle est trop éloignée du palais de justice, ce qui impliquera pour les détenus en préventive et le personnel de sécurité de longues navettes alors que les anciennes prisons étaient toutes proches du palais.